À l’heure du numérique, les films surgissent de partout. N’empêche, on a vite fait de repérer les cinéastes qui savent mettre leurs images au service d’une histoire. C’est ce qui m’a immédiatement intéressé lorsque j’ai découvert, il y a quelques années déjà, le travail d’Anh Minh Truong. Pas de doute, lui, il savait. Même que c’est ce qu’il avait en tête…
Appelons ça un style, un univers, une manière. Qu’importe. Le temps a confirmé cette première impression. Le temps et de nombreux films, courts et moyens. Anh Minh Truong n’est pas que talentueux. Il est aussi prolifique.
Au fil des films, j’ai vu s’affirmer l’intérêt du cinéaste pour les cœurs solitaires, les fratries étouffantes et les lieux déserts. Je l’ai vu développer une approche très personnelle de la musique de cinéma, qu’elle soit de David Élias ou de Samuel Laflamme. J’ai vu évoluer sa relation privilégiée avec un scénariste, Jean-Philippe Boudreau, une association durable et féconde comme on en voit peu chez les créateurs de leur génération. Je les ai vus, ensemble, créer un monde où l’intime côtoie l’insolite. Un monde de secrets où, très souvent, les choses les plus importantes sont celles que l’on tait. L’hiver y occupe une place déterminante. De toute évidence, Anh Minh Truong prend plaisir à filmer l’immensité blanche. Allez savoir pourquoi, c’est rarement le cas au Québec. Peut-être parce que la plupart des cinéastes observent le monde à partir de Montréal. Anh Minh Truong, lui, est demeuré attaché à sa région, à sa ville, Sherbrooke. Il y a fait son nid sans en faire une prison, ce qui l’a visiblement encouragé à la polyvalence. Le voilà donc réalisateur, producteur, directeur photo et monteur. Scénariste aussi à l’occasion. Et artisan, devrait-on ajouter en toute justice, puisque son cinéma est artisanal.
J’ai vu la plupart des films d’Anh Minh Truong. Faut-il en conclure que je le connais? Disons que je le devine, entre l’image de ce rêveur en pyjama qui émerge de son sommeil, raquettes aux pieds, dans un stationnement, en plein été et le regard absent d’une quilleuse obsédée par une allée imaginaire. Entre l’œil orwellien qui domine une classe d’étudiants en cinéma et le désir étouffé d’une serveuse qui n’a d’yeux que pour l’un de ses clients. Ainsi en va-t-il des cinéastes. Plus ils se dissimulent derrière leurs films, leurs histoires, leurs personnages, plus ils s’exposent au grand jour. Et nous, voyeurs compulsifs, nous attendons patiemment la suite… À quand le long métrage?

KALIBRE – Où le voir :
Anh Minh est le concepteur vidéo d’Omaterra le Grand Spectacle de l’eau présenté à Sherbrooke cet été, à la Cité des Rivières, dont la première est le 7 juillet : www.omaterra.com. Et son magnifique court métrage Un pas de deux tourne présentement dans les cinémas québécois, avant votre film principal, dans le cadre de Pourquoi pas un court? À surveiller à :
- Rimouski du 18 juin au 15 juillet 201
- St-Hyacinthe du 16 juillet au 12 août 2010
- Saint-Jean-sur-Richelieu du 13 août au 9 septembre 2010
- Sept-Îles du 10 septembre au 7 octobre 2010
- Baie-Comeau du 8 octobre au 4 novembre 2010
- Belœil du 5 novembre au 2 décembre 2010
- Cinéma 9 de Gatineau du 31 décembre au 27 janvier 2011
- Lévis du 28 janvier au 24 février 2011
Vous voulez en savoir plus sur ce réalisateur Sherbrookois? www.criart.ca
Et consultez le calendrier de programmation des autres courts-métrages dans votre ville ou obtenir plus d’info sur Pourquoi pas un court : www.ppuc.info
Michel Coulombe participe à une rétrospective du cinéma québécois à Sao Paulo, du 24 juin au 4 juillet. Pour la toute première fois, le Festival « Le cinéma de Québec » réunit 27 de nos films de fiction et documentaires en terre brésilienne! Bravo à nos cinéastes!
Pour plus d’infos (et voir les films québécois primés avec leurs noms portugais – amusant, section « Filmes ») : www.cinequebec.blogspot.com







