Pour les 10 ans du Festival du Jamais Lu, un événement spécialement conçu pour faire entendre les voix des auteurs de théâtre de la relève québécoise, canadienne et internationale, nous vous proposons un petit entretien avec Marcelle Dubois, auteure, metteure en scène et co-fondatrice de l’événement. Une tribune inédite, où les mots des dramaturges d’aujourd’hui sont portés par des comédiens de talent, qui prend place O Patro Vys à Montréal jusqu’au 7 mai.
Elle est aussi l’une des fondatrices – avec 6 autres directeurs artistiques — du Théâtre Aux Écuries, un diffuseur théâtral montréalais entièrement dédié à la relève.

KALIBRE : Comment est née l’idée du Festival du Jamais Lu?
M.D. : Un soir, on prenait une bière David Lavoie, Julie Gagné et moi, au feu café-théâtre l’Aparté et on s’est dit : c’est incroyable, on connait un paquet de jeunes auteurs, nous-mêmes entamons nos œuvres théâtrales, mais jamais on a accès au contenu de ces textes qui s’écrivent. Donc, on a créé un espace pour nous… pour entendre la nouvelle génération d’auteurs. Dix ans plus tard, cette flamme brûle toujours, et le public est de plus en plus nombreux. Comme quoi, le Jamais Lu répondait à un vrai besoin de rencontre entre les nouveaux artistes et le public.
KALIBRE : Une particularité de la nouvelle génération d’auteurs de théâtre?
M.D. : Il y a dix ans, j’aurais dit, c’est une génération qui se pose beaucoup la question de l’affirmation de l’individualité dans le monde… Aujourd’hui, je vois que les thèmes qu’abordent les auteurs ont un peu changé. Ils posent surtout la question de l’insertion dans le monde. Je vois de plus en plus de textes qui cherchent à questionner les frontières de nos appartenances, les mouvements géographiques qui se font sur notre planète, l’inquiétude face à notre possibilité d’interagir réellement dans un monde devenu global et englobant.
KALIBRE : Et les auteurs de théâtre d’ici, qu’est-ce qui les démarque?
M.D. : Leur langue. Évidement. L’écriture québécoise est je trouve une écriture savoureuse, engagée dans une combat rythmique, stylistique, symbolique. Notre français d’Amérique est un outil formidable que les auteurs québécois savent de plus en plus manier non pas en voulant revendiquer une différence culturelle, comme ce fut déjà le cas, non. Notre langue s’amuse désormais pleinement comme telle et trouve sa force dans l’utilisation universelle qu’en font les auteurs.

KALIBRE : L’inspiration pour le thème de la 10e édition?
M.D. : Cette question rejoint évidement la précédente. Mais pour davantage préciser notre choix de cette question éditoriale Jusqu’où te mènera ta langue?, je dirais qu’en cette édition anniversaire, nous n’avions pas le goût de nostalgie, mais plutôt de porter notre regard sur ce qu’il reste à faire, à accomplir, à délier, à dénoncer, à aimer, à faire vibrer. Jusqu’où te mènera ta langue? c’est aussi un défi lancé aux auteurs de la nouvelle génération : le flambeau est entre nos mains, saurons-nous le porter bien haut et bien loin?
KALIBRE : Des moments forts du festival depuis que vous avez fondé l’événement?
M.D. : Ça se compte par dizaines! Chaque fois par exemple qu’on découvre un auteur que l’on pressent important pour les années à venir, il y a un sentiment de fierté qui s’installe. Je pense à Sarah Berthiaume, Annick Lefebvre, Catherine Levasseur-Terrien, André Gélineau… Il y a aussi les soirées spéciales signifiantes. Cette année par exemple la soirée d’ouverture du 10e anniversaire fut simplement bouleversante et merveilleuse. Puis, il y a aussi les enjeux d’actualités qui ont traversé le Festival qui ont été bien marquants : l’absence d’un auteur congolais parce qu’on lui a refusé son visa à la dernière minute, le scandale du Rideau Vert qui nous a renvoyé les textes soumis, la présentation d’un match des Canadiens en séries entrecoupé d’une lecture…
KALIBRE : Quelques voix émergentes à découvrir lors de cette 10e édition?
M.D. : Catherine Levasseur-Terrien avec sa langue théâtrale proche du spokenword, Julie-Anne Ranger-Beauregard avec sa plume sensuelle, Fabien Cloutier avec ses mots truculents qui arrachent, Marie-Ève Huot qui écrit avec une délicatesse qui fait du bien… Je pourrais continuer encore longtemps! Je n’arrive pas à en privilégier un.
KALIBRE : À quoi doit-on s’attendre pour les 10 ans du Festival du Jamais Lu?
M.D. : À un moment de fougue et de folie. Plus que jamais je sens les auteurs engagés dans leur démarche artistique, le public désireux de se frotter à ces univers théâtraux. Les salles sont pleines, on voyage d’un genre à un autre. On clame nos revendications, autant qu’on coule dans la fiction… Bref, c’est enivrant ce qui se passe en ce moment au O Patro Vys.
Pour tous les détails sur la programmation, visionner des vidéos, lire quelques extraits des textes et le blogue du festival, consultez le : www.jamaislu.com












