Radiographie de l’âme

À NE PAS MANQUER, ce vendredi 19 novembre, dès 20 h  à la Maison de la culture Le Plateau Mont-Royal!

GRATUIT avec laissez-passer disponible sur place : 465, avenue du Mont-Royal Est.

On s’assoit dans la petite salle de la maison de la culture et sur scène, un écran blanc composé de dizaines de bandelettes élastiques qui s’alignent de gauche à droite. On ne sait pas trop, on ne s’attend à rien, à tout, mais on ne s’en fait pas et on « zieute » le programme qui nous annonce RéfleXction « une nouvelle création solo qui nous dévoile le CV humain d’Ismaël Mouaraki », chorégraphe et fondateur de la compagnie de danse Destins croisés.

Puis les lumières s’éteignent et débute une aventure à laquelle on ne s’attendait pas. Une projection démarre sur le mur blanc et retranscrit ce qui se passe dans la salle, où Ismaël prend place lui aussi, avec quelques ajouts qui s’apparentent à des tics nerveux. Ça part en lion et nous sort de notre zone de confort; c’est incongru, mais encore soft et on a le réflexe de rire. Certains sont perplexes, comme cette petite fille assise à côté de lui, on voit sa bouille un peu confuse sur l’écran. Puis des couches s’ajoutent où le créateur à la chevelure folle nous entraîne dans un voyage éclaté à travers ce rapport au corps, à l’image, à la pensée, à la difficulté à se sortir d’un moule où l’on est emprisonné.

La scénographie, qu’il a réalisée, est originale et fait le pont entre la danse et les nouvelles technologies : l’écran de bandelettes sur lesquelles la vidéo se projette, il l’a baptisé « mur organique », car il se combine à son corps pour créer cette mise en scène vivante. Ce mur blanc, son corps, la scène et la salle sont les tableaux où se dessinera une expérience en quatre dimensions : derrière l’écran, dans l’écran, devant l’écran et dans le public. « C’est important pour moi que dès le début du show, les gens me sentent physiquement, sentent l’énergie, la sincérité de mon corps ».

« Cette façon de faire, dans le public, reflète vraiment la danse de rue : de l’impro, de l’éphémère, tu te laisses influencer par ce qui se passe, par les gens. Quand tu danses dans le public, les gens ne s’y attendent pas. C’est un échange privilégié, intime, personnel. Ça a besoin d’être vécu! » Et en effet, on vit quelque chose en sentant toute l’énergie qu’il déploie dans ce combat avec lui-même sur scène, insensé et familier à la fois, où il n’est toutefois jamais question d’énergie du désespoir. La musique, bien choisie, rythme cette lutte invisible et souveraine, où il ne baissera pas les bras.

La meilleure façon d’exister

Pourquoi avoir appelé ça Réflexction? « Parce que ça repose sur 3 concepts : le reflet de soi, c’est-à-dire la projection de nous-mêmes, la réflexion, ou comment tu cogites dans ta tête et le réflexe : les patterns, comment le naturel revient au galop ».

Trois vues de l’esprit qui ont puisé leur inspiration dans une problématique bien réelle : le racisme. « C’est parti de mes origines, du malaise social que j’ai vécu dans mon enfance. En France, avec une mère française et un père marocain, je ne me sentais pas inclus. Dans ma tête, je ne me sentais pas exclu, j’étais Français, mais ce sont les Français qui m’excluaient. Dans cette situation, socialement, tu n’existes pas, tu ne peux pas évoluer… La meilleure façon que j’ai trouvé pour exister en société, c’est à travers mon corps, avec la danse. Ça a été le moteur de Réflexction, mais je ne voulais pas non plus tomber dans la victimisation, la dénonciation », explique-t-il.

Cette rencontre avec la danse arrive à 10-12 ans dans la vie d’Ismaël. Danses urbaines, comme le hip hop, danse de rue, spontanée, informelle. « C’est aussi pour ça que je suis allé spontanément vers les danses urbaines; t’as pas besoin de passer par des institutions, t’as juste à mettre tes baskets et y aller. Les institutions, ça me faisait peur : c’étaient encore des barrières à l’entrée ».

Depuis 2000, avec Destins croisés, il explore cette synergie entre les danses urbaines et contemporaines avec d’autres formes d’art. Destins croisés vient encore de mes origines. En Arabe, on dit « Maktoub », ça veut dire « destin ». J’ai commencé à danser par hasard et je me suis construis parce que j’ai rencontré des gens. On est ce qu’on est grâce aux rencontres. Notre développement n’est pas individuel, mais collectif.

RéfleXction est avant tout, une œuvre poétique et universelle, où nous vivons tous une sorte de « rencontre de soi ». Ismaël Mouaraki fait partie de ces beaux fous, de ceux qui nous font aimer encore plus les êtres humains. « On ne changera pas ce qu’on est. On peut juste réfléchir et agir. C’est comme ça que je vois la vie. Une fois qu’on a compris ça, on est capables de faire les plus belles choses. »

RéfleXction est en résidence dans les maisons de la culture. Et bientôt en tournée près de chez vous!

Ismaël offre aussi un volet formation pour les jeunes déjà initiés à la danse, avec le projet Fais ta scène. « Ça a pour moi une grande importance, car j’ai moi-même eu la chance de travailler avec un chorégraphe dès l’âge de 15 ans, ça aide à comprendre le travail d’interprète et de scène ». Encadrés par le chorégraphe et fondateur de Destins croisés, les jeunes monteront une oeuvre pendant plusieurs semaines, qui sera ensuite présentée en première partie du spectacle d’Ismaël. Les écoles, compagnies ou académies de danse intéressées peuvent contacter Destins croisés au (514) 764-3573, ou visiter le : www.destins-croises.com

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